Odeur de sainteté

Il m’est arrivé pleins d’aventures épiques pendant mes années clubbing. J’avais envie de vous en raconter une, qui, heureusement, n’a eu aucune conséquences fâcheuses…

Histoire cent pour cent véridique, vécue lors d’une soirée à La Mona !!!

Grande messe sous le soleil

C’est une belle matinée d’un samedi de septembre – 2013 ?

La Techno Parade, grande procession électronique, a lieu aujourd’hui et il semble que cela va être une journée bien ensoleillée.

Après notre longue balade au Bois de Vincennes avec Aitch, nous allons au marché de Saint-Martin pour faire plein de légumes.

Aitch dans son élément, au bois de Vincennes

Nous croisons des jeunes gens que nous n’avons pas trop l’habitude de voir par ici, très lookés, habillés tout de noir. Est-ce vraiment adapté à la canicule qui s’annonce ?

Nous allons faire un tour sur le Canal Saint-Martin et profiter d’une terrasse. C’est la mi-journée et la foule enfle de plus en plus.

La chaleur s’installe dès la mi-journée.

Nous nous réfugions chez nous, fenêtres grandes ouvertes.

La Techno Parade a commencé, nous entendons au loin le vacarme des chars.

Une techno parade avec nos amis

Le soleil est éclatant !

Nous n’assistons plus à la Techno Parade depuis plusieurs années et décidons de ne pas ressortir car nous voyons qu’il y a affluence dans la rue des Vinaigriers et sur le canal.

Mais surtout, nous voulons nous reposer car ce soir, c’est La Mona !!!!!

Nous sommes impatients d’aller écouter le DJ Jérémy Underground et bien sûr, l’excellent NickV.

Nous nous obligeons à ressortir avec le pauvre Aitch qui n’apprécie pas du tout sa dernière balade sur le canal. En effet, les quais sont devenus impraticables.

Une faune très diverse s’est étalée sur tous les espaces disponibles.

Il y a trop d’alcool, trop de substances et la touffeur rend l’ambiance électrique.

Oh, il est 21h, la dance class de La Mona commence bientôt.

Il est temps de nous préparer !

Un rituel

Même si nous n’avons jamais vraiment été des clubbers lookés, nous avons toujours aimé être assez chics. Mais le principal est d’avoir une tenue confortable car nous allons sûrement danser dans une étuve toute la nuit !

Je choisis donc une lumineuse chemise blanche pour conjurer le noir que nous avons croisé toute la journée. Pour le parfum, je décide de porter mon préféré, le capiteux patchouli de Santa Maria Novella, persistant et élégant.

Jason a mis sa belle chemise bleue Ben Sherman, lui aussi opte pour son parfum préféré, ce sera le frais et énergisant Happy for Men de Clinique.

Nous sentons bon, nous nous sentons beaux et Aitch, épuisé, ronfle dans son lit.

Aitch, très fatigué.

Nous sommes prêts !

Il va falloir que nous affrontions l’encombrement des rues pour arriver à la Java. Il y a les sempiternels trouble-fête du samedi soir, les odeurs d’urine, le vomi…

Mais qu’importe, nous slalomons et évitons les rues surpeuplées.

Et puis, c’est tout près et nous sommes hyper motivés car, depuis l’arrivée d’Aitch, les randonnées en forêt nous ont pas mal éloignés des pistes de danse.

Nous retrouvons notre amie Véronique, elle aussi est une fidèle de La Mona. Nous sommes excités comme des puces !

Je remarque que, comme nous, Véronique a décidé de marquer le coup et s’est un peu pomponnée. Elle porte une jolie blouse colorée et je reconnais la fraîcheur de son parfum Aqua Fresca de Guerlain.

Le trio chic n’attend plus que la piste !

Bienvenus chez vous

Je vous ai déjà raconté, dans mon article sur mon clubbing parisien, oh combien nous aimons La Mona. Nous adorons notre arrivée car nous nous sentons toujours VIP, pas besoin de montrer patte blanche. Comme nous sommes sur la liste, nous entrons directement et sommes chaleureusement accueillis par notre ami Fred Pellegrino.

Nous voici dans l’enceinte sacrée, la nuit peut commencer.

Il y a peu de monde aux vestiaires, nous laissons nos affaires mais nous savons, d’expérience, que la récupération sera la dernière aventure de la soirée :-). Ce n’est pas grave car l’équipe est tellement adorable.

C’est encore la mise en place, nous saluons Nick, Carlos, Adam, Alice…

La dance class va débuter, tous les habitués sont là. Véronique et Jason se mettent en position..

Comme d’habitude, je reste à mon poste d’observation en me moquant gentiment des “apprentis vogueurs”.

Je vois arriver les clubbers, tout en me dandinant au bord de la piste.

C’est parti !

Le petit sourire béat.

Enquête autour d’un miasme

La Java est maintenant bien remplie, nous dansons depuis plus d’une heure et sommes déjà en sueur. Même s’il est encore tôt, l’ambiance est déjà survoltée.

J’ai remarqué que le public de la Techno Parade est venu lui aussi, la différence vient surtout des tenues et de la retenue des nouveaux. Il n’y a pas beaucoup d’exubérance, ni d’interactions. Tout le monde vit la musique à fond.

Quelques verres et autres stimulants nous emportent dans la musique, dans le rythme, loin, loin…

Je suis en train de danser les yeux fermés, complètement emporté par le rythme, les voix, la foule. Je suis bien. Je devine Jason et Véronique à mes côtés grâce à leur parfum tellement familier. De temps en temps, j’ouvre les yeux, ils semblent aux anges comme moi.

Nous l’attendions avec impatience, cette Mona !

Tout d’un coup, une odeur acre et animale agresse mes narines. Je perds immédiatement le rythme et mon esprit revient au réel. Je vois que Véronique a eu la même réaction.

Nous scrutons dans le noir à qui appartient cette signature olfactive agressive et insupportable, pas facile car la piste est bondée.

Le parfum de l’enfer 🙂

Et puis, ce fumet insupportable nous entoure. Nous n’arrivons plus à danser.

N’en pouvant plus, nous décidons d’abandonner notre place préférée en remontant vers le bar.

Nous recommençons à danser car la musique est vraiment excellente, mais c’est sans compter avec ces effluves épais et acides à la fois qui semblent nous suivre à la trace.

Nous voici, tous les trois, à sonder l’obscurité à la recherche ces pauvres êtres affublés d’une telle malédiction !

Je remarque un couple vêtu tout de noir avec des piercings au visage. Ils ont l’air un peu perdus et désemparés. Je me rends compte que la plupart des danseurs s’éloignent d’eux malgré leurs tentatives de sourires et d’interactions diverses.

Nous avons trouvé l’origine de l’empyreume qui nous poursuit.

Sauvetage dans des toilettes

Je ne peux m’empêcher d’être consterné de voir ces deux malheureux ostracisés pour leur fragrance ultra musquée. Cependant, je peux comprendre la réaction des alentours : c’est insoutenable !

Comme d’habitude, l’état dans lequel je me trouve réveille mon côté Saint Expédit (oui, il a existé !) Je dois sauver ces pauvres diables !

Combien de damoiseaux ou de jeunes filles importunées ai-je sauvés, parfois malgré eux, lors de mes sorties nocturnes ?

Véronique, qui me connaît bien, comprend immédiatement que je suis en mode sauvetage.

Je me dirige vers ces pénitents, leur présente mon plus beau sourire et leur demande de me suivre aux toilettes. Je vois leur incompréhension mais aussi un certain soulagement : on leur a adressé la parole.

Arrivé aux toilettes, je réalise qu’il va falloir que je fournisse un effort herculéen pour arriver à regarder mes interlocuteurs sans loucher, puis à parler, tout en m’exprimant correctement, et enfin à ne pas éclater de rire car la situation est tout de même cocasse.

Je suis seulement rassuré par mon aspect : un homme dans la fleur de l’âge, quelques cheveux blancs, habillé assez élégamment. Un gage de respectabilité et de sagesse, non ?

Il y a beaucoup de monde ici, le lieu est devenu un salon de causeries diverses, souvent comiques.

Véronique est à mes côtés, prête à intervenir en cas de débordement ou de propos mal interprétés.

Nous voici tous les quatre face à face, je me lance :

— Salut ! Voici Véronique, moi, c’est Alain.

Les deux se présentent timidement et paraissent se demander à quelle sauce ils vont être dévorés.

— Vous étiez à la Techno Parade aujourd’hui ?

— Oui, nous sommes arrivés en début de matinée.

— Vous venez de province ?

— Non, nous venons de Saint-Denis.

— Ah, et vous êtes en vadrouille depuis ce matin ?

— Oui, nous n’avons pas vu le temps passer et nous sommes restés en ville.

— Quel courage, il a fait tellement chaud aujourd’hui. (Un peu d’audace, Alain.)

Véronique me regarde dubitative. Comment vais-je m’en sortir ?

J’ai une impression de déjà-vécu, lorsque j’avais la délicate et désagréable mission d’avertir certains membres de mon équipe de leur problème d’odeur corporelle alors qu’ils étaient en contact avec le public.

Je respire un bon coup et je me lance.

— Écoutez, surtout ne prenez pas mal ce que je vais vous dire. Notre état à tous ne rend pas les choses faciles car tout est exacerbé. Mais, s’il vous plaît, faites-moi confiance. Véronique, qui est là, est la garante de ma bonne foi.

Cette dernière acquiesce.

Cette entrée en matière me redonne toute la lucidité et l’assurance dont j’ai besoin pour mener à bien ma mission de salut. Je sais aussi que nous sommes dans un lieu ami, il ne peut rien nous arriver.

Mes interlocuteurs sont tout ouïe.

— Vous êtes restés dehors toute la journée, en pleine fournaise, avec des vêtements confortables mais qui ne semblent pas être en coton. Je ne sais pas si vous avez noté que les gens s’écartaient de vous sur la piste. Ce n’est rien contre vous mais plutôt à cause des émanations dues à la sueur et à la poussière. S’il vous plaît, ne vous vexez pas.

— Non, non, nous comprenons et nous sommes désolés.

— J’ai une idée ! La nuit va être longue. et vous n’êtes pas loin de Saint-Denis. Repartez chez vous, avertissez la personne qui contrôle l’entrée que vous allez revenir. Prenez le temps de prendre une douche, de vous changer et revenez vite danser avec nous, NickV commence à mixer plus tard et il ne faut pas que vous le ratiez !

— Tu as raison, c’est ce que nous aurions dû faire depuis le début.

— Je suis tellement soulagé de votre réaction, vous êtes adorables.

No comment!

Merci Saint Polycarpe

La nuit est bien engagée, NickV a commencé son mix. La Java est pleine à craquer, tout le monde danse dans tous les coins.

Jason, Véronique et moi virevoltons, enchantés et euphoriques.

Je sens que quelqu’un me tape sur l’épaule, je me retourne et je vois nos deux tourtereaux, méconnaissables.

Ils sont revenus !

Chacun me prend dans ses bras et me glisse merci au creux de l’oreille.

Ils sentent bon 🙂

J’ai une petite pensée pour Aitch qui doit dormir tranquillement.

Alors, oui, la nuit est jeune !

Aitch dubitatif, un lendemain de Techno Parade ou autre festivité, au bord du canal.

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