Désirant vous raconter une anecdote survenue lors d’une soirée à Paris, j’ai tout d’abord envie de faire un petit aparté où je vous parle de ma modeste période de clubbing parisien. J’y ai vécu des moments musicaux et humains uniques pendant plus de vingt ans.
Ma première expérience du clubbing parisien a eu lieu en 1990, au mythique Boy, où j’ai vu mixer Deee-Lite après leur concert mémorable à la Cigale, grand moment inoubliable !
Une nouvelle porte venait de s’ouvrir.
Le clubbing comme antidépresseur
J’ai évoqué dans ma série d’articles sur le Shoegazing mon arrivée à Paris, en mai 1991 et qui ne fut pas des plus radieuses et comment la musique m’a aidé à revoir la lumière.
Cependant, je n’ai pas encore évoqué comment le clubbing m’a apporté une nouvelle énergie et ce, grâce à mon vieil 😉 ami Philippe Laugier, qui m’y a entraîné avec générosité et auquel je dédie chaleureusement cet article.
Dès le départ, j’ai été fidèle à des petites soirées plutôt que de sortir à outrance et sans but précis. J’y allais pour la musique, danser et me mettre dans des états dont je vous parlerai peut-être un jour ou pas. 🙂

Ma chemise imbibée sueur après plusieurs heures sur la piste – La Mona
Encore grâce à Philippe, j’ai commencé à être assidu aux soirées Mais quoi ! de Martine Meyer pour écouter le DJ Suisse Mandrax, au Folies Pigalle. J’ai ensuite fréquenté La Ménagerie à l’Espace Marbeuf, pour l’anecdote j’y croisais Julie Gayet qui travaillait au vestiaire :-).
Ce fut une période de grande complicité avec Philippe, où nous avons vraiment fait les 400 coups !
C’est aussi à ces soirées que je me suis fait de fidèles amis comme Ghaïta.
Et puis, je suis devenu un pilier du Kit Kat, le dimanche soir en bas du Palace. J’y allais avec mes “Partners in crime”, Dominique et Claire, toutes deux malheureusement parties trop tôt danser dans les étoiles.
Lorsque nous ressortions exténués à l’aube, elles allaient se coucher, tandis que j’allais prendre mon travail à la réception du Novotel des Halles et que je tanguais sur le bac des fiches clients.
Il m’est souvent arrivé d’effectuer le départ de clients que j’avais croisés la nuit même. Nous échangions des regards complices et des sourires contenus tout en essayant de ne pas trop loucher. 🙂
Et bien sûr, il y a eu toutes les expériences de clubbing d’une grande ville, comme des raves souvent froides et anonymes dans des usines désaffectées, des anciens théâtres, des parkings souterrains, des péniches perdues dans la campagne parisienne, des maisons délabrées et autres lieux interlopes… mais j’ai toujours préféré les soirées plus intimes.
Le clubbing mélomane
Et béni par le destin, j’ai eu la chance, en 1992, de rencontrer mon futur mari, Jason, amoureux de la musique électronique.
Cela nous a permis de partager une période de clubbing que j’appellerai mélomane, en allant écouter et danser sur des DJ de house que nous apprécions. Nous ne sortions pas pour sortir et nous ne retrouvions pas une bande d’amis. Nous sortions pour danser toute la nuit côte à côte, et nous étions aux anges.
Je me souviens d’un retour de New York. En complet décalage, nous étions allés travailler directement de l’aéroport. Et le soir, malgré l’épuisement qui nous guettait, nous sommes allés nous plonger dans la fumée, la sueur, la musique du Queen pour écouter un DJ que nous adorions : Armand Van Helden. Nous nous sommes trémoussés jusqu’au petit matin… Tellement heureux !

Jason – La Mona – 18 octobre 2009
Je sais que cela ne parlera pas vraiment aux néophytes et que, pour beaucoup, la musique de club pourrait se résumer à « Boum Boum ». Il y a pourtant beaucoup de nuances dans ce style musical et des titres assez virtuoses.
Nous, nous adorions et adorons toujours la House Music. Alors je crois que les noms de ces DJ ne diront pas grand-chose à certains, mais nous avons eu l’immense chance de voir Junior Vasquez, Armand Van Helden (déjà cité), Josh Wink, DJ Sneak, François Kervorkian, Masters at Work, Johnny Vicious, Heller & Farley, David Morales, Todd Terry, Miss Honey Dijon à ses débuts lors d’une soirée mémorable au Palace… La liste est bien plus longue mais j’ai la mémoire qui flanche.
Il m’est difficile d’expliquer exactement ce qu’est la House Music en peu de lignes car je risque de m’emmêler. En résumé, c’est une musique issue de la musique noire américaine, descendante du Disco, plutôt dirigée vers un public qui fréquente les clubs. Il y a tellement de courants, cela peut aller à de la musique très facile, voire dégoulinante à de la musique presque abstraite. Je mets un lien Wikipedia si vous désirez en savoir un peu plus.
Jason et moi vous avons concocté une playlist Spotify de ce que nous allions écouter à l’époque.
Pourtant, je ne pense pas cela suffira pour vous transmettre l’essence magique de ces soirées. Car oui, il y avait la musique, mais c’était surtout un melting-pot parfait de cheminement intérieur, d’expérience collective, de rythmes, de lumières, de partage avec les amis, avec des inconnus, d’euphorie, de libération, parfois de larmes.
Et la danse, surtout la danse ! Encore une fois, une catharsis liée à la musique, la meilleure des thérapies !
Me voici, gigotant devant mon écran, j’ai donc pas mal de difficultés à écrire ces lignes !
Un conseil, un bon son est essentiel pour apprécier l’écoute..
Lorsque Jason a travaillé pour le label Pschent, nous avons assisté à presque toutes les soirées Scream à l’Élysée Montmartre. Il y a eu quelques bons moments lors de ces Scream, cependant je n’y aimais pas l’ambiance. Il y avait une volonté commerciale et industrielle mais avec une organisation déplorable et une attente interminable au vestiaire. Et enfin, ce côté ultra gay ne me correspondait pas du tout.
Il y a eu ensuite une période où nous avons délaissé la nuit parisienne car nous avons passé beaucoup de temps avec nos amis belges… mais j’y reviendrai car ce fut une période d’amitiés fantastique !
Le clubbing vain
Même si j’ai abhorré cette courte parenthèse et que je souhaiterais l’oublier, je me dois d’assumer une période de clubbing bien médiocre, due au mal-être, qui aurait pu avoir de graves conséquences. Je vous raconte.
Vers la fin des années 90, j’ai eu la mauvaise idée d’accepter le poste de directeur du Restaurant Le Comptoir. C’était un restaurant un peu à part, qui avait connu une certaine notoriété car assez novateur, notamment grâce à ses brunchs, ses concours de pétanque et des DJs qui jouaient pendant que les clients dînaient ou brunchaient.
À cette époque, le Comptoir était sur le déclin, les idées ne fusaient plus et l’ambiance y était exécrable. La concurrence avait repris pas mal de concepts apportés notamment par l’agence de communication créée par l’irremplaçable Fred Phi. La magie avait fait place au cauchemar.
Au-delà du fait que ce poste n’était pas du tout fait pour moi, je me suis retrouvé entraîné dans un tourbillon que j’appellerai le clubbing vain, qui a failli ruiner ma santé et avec des effets désastreux sur ma vie avec Jason.
Je suis donc beaucoup sorti, pour sortir. L’excuse étant qu’il fallait que je me montre, que je rencontre des gens, que je fasse connaître le Comptoir. Mais, malgré les apparences de la fête permanente, j’ai détesté cette période au plus haut point.
Il n’y avait rien de qualitatif dans ces sorties. C’était humainement assez médiocre, à part quelques belles rencontres, comme Nicole Miquel, du mythique bar les Scandaleuses, que j’ai rencontrée dans les toilettes du Pulp, où nous avons refait le monde toute la nuit, et avec qui je suis resté ami.
La musique n’avait aucune importance, je sortais pour oublier mon échec professionnel et l’impasse dans laquelle je me trouvais. C’était assez sordide.
Heureusement que j’ai pu m’échapper de cet abîme destructeur. En effet, cette période malsaine n’a duré qu’un an et grâce, en grande partie, à Jason, nous avons pu reprendre une existence plus sereine.
Mais nous n’en avions encore pas fini avec le clubbing !
Le clubbing cosy
Les années 2000 furent les dernières, mais fantastiques années, de notre clubbing parisien, grâce à deux soirées chères à nos cœurs.
La KABP
L’inégalable KABP à la Boule Noire dont nous n’avons raté aucun épisode !
La signification de l’acronyme était : knowledge, attitude, beliefs, party. En français : connaissance, attitude, croyance, fête, tout un programme qui prônait l’exigence.
Et oui, c’était vraiment une soirée unique, imaginée et organisée par une bande d’amis nostalgiques du clubbing des origines, dont Michel Cerdan, Didier Lestrade, Philippe Laugier (encore lui), Christophe Vix, Julien Pot, Fabrice Gadeau et enfin Robert Renaud, que du beau monde !
Tout était dans les détails pour que tous se sentent bien : un son impeccable, des éclairages savants, une équipe aux petits soins, que ce soit à l’entrée avec le charmant Fabien, une équipe au bar, fantasque et tellement aimable — il était même agréable d’aller aux toilettes !
Si je me souviens bien, il y avait du talc qui était répandu sur la piste, avant la soirée, pour que les clubbers aient une meilleure adhérence au sol qui était assez glissant. Grande classe !
Même le flyer d’annonce était du grand art, avec un texte de Didier Lestrade et la présentation de toute l’équipe.

Le DJ “vedette” était le grand Patrick Vidal et c’était la garantie d’une excellence musicale.
Il y a eu de grands moments d’émotions poignants comme l’hommage à Delphine – DJ Sextoy.
Et surtout ce set commencé avec « J’ai deux amours » de Joséphine Baker, lorsque Chirac s’est retrouvé au deuxième tour des présidentielles de 2002 avec Le Pen. J’en ai encore la chair de poule.
Le club était minuscule mais qu’importe, car nous dansions les uns contre les autres malgré la chaleur et la sueur, sans aucune animosité lorsqu’un pied était écrasé. Tous ceux qui étaient là, du moins au début, ne pensaient qu’à la musique et à la joie d’être ensemble.
Bon, il est vrai que peu d’entre nous étions vraiment à jeun. Et puis, sans extravagance, nous remarquions que tout le monde avait fait un effort de tenue. C’était agréable à voir.
Pour finir, nous nous sentions en sécurité, sans angoisse du regard ou du jugement des autres.
Après la KABP et pas mal de week-ends à Bruxelles, nous avons délaissé le clubbing pendant un moment, car nous ne nous retrouvions plus dans les soirées proposées.
Et puis miracle, nous avons eu notre dernier feu d’artifice de clubbing.

NickV, DJ résident de La Mona – 18 octobre 2009
La Mona
Nous avons repris le chemin du clubbing parisien en 2008, lorsque La Mona a été imaginée et organisée par une autre bande d’amis dont l’exquis et talentueux DJ Nick V qui avait participé à la KABP, notre ami Fred Pellegrino, les regrettés Carlos de l’Ave Maria et Adam Green pour ne citer qu’eux.
Nous les connaissions et les apprécions, alors nous y sommes allés avec espoir et confiance et nous avons été des disciples 🙂 pendant quatre ans.
La soirée avait lieu à La Java, ancien bal musette des années folles à Belleville, un super cadre, une superbe entrée. Et… c’était tout près de la maison… 🙂
Le concept de la Mona était simple : une bonne programmation de DJs, surtout deep house, systématiquement un set magistral de Nick V, de la danse, un bon son, de beaux éclairages, une équipe sympathique que ce soit à l’entrée, aux vestiaires, au bar. Les créateurs de la soirée circulaient dans la foule et s’assuraient que tout se passe bien. Ah oui, et une bonne clim !
Le public était très varié, très mixte, pas mal de gais, tous amoureux de la musique.
La soirée commençait très tôt, grâce à un cours de danse, Jason et notre amie Véronique étaient fans. Le public de ces cours n’a cessé de grandir.
Ensuite, il y avait toujours une ambiance de douce folie. Nous y avons passé tellement de nuits fantastiques à écouter mixer de super Djs, à danser et rire sans relâche !
Parfois, lorsque j’écoute certains morceaux, je ressens les mêmes sensations physiques que je ressentais lorsque je dansais.
La Mona aussi était un lieu où nous nous sentions en sécurité. Parfois quelques lourdauds venaient par erreur pour draguer mais ils se rendaient compte rapidement qu’ils n’étaient pas au bon endroit et partaient très vite. Je n’ai jamais assisté à aucun accrochage ni à aucune bagarre.

La Belgique à la Mona – Carlos et Géraldine -18 octobre 2009
Comme à la KABP, nous nous y sentions chez nous. D’ailleurs nous y avons entraîné tous nos amis parisiens puis ceux de Barcelone, de Bruxelles, de Londres et de Chester 🙂
Nous avons fréquenté la soirée tous les mois, jusqu’à 2012, à l’arrivée d’Aitch, où, tout naturellement, nous avons troqué nos baskets de danse pour de bonnes chaussures de marche.
Et bonne nouvelle, La Mona existe toujours !
Suite des aventures avec un récit épique à La Mona : Odeur de Sainteté,
