Lors de ma première écoute de Myth de Beach House, en 2012, j’ai vécu une expérience émotionnelle bouleversante. Un moment magique bref, mais d’une grande intensité.
Il y a des moments magiques qui sont tellement furtifs, difficiles à saisir, encore plus à décrire. C’est un de ces moments que je vais essayer de vous raconter.
1 – Beach House, bienvenue en Mélancolie
J’ai découvert Beach House au hasard de mes pérégrinations musicales sur des blogs. J’avoue que je suis passé totalement à côté des deux premiers albums, écoutés d’une oreille distraite. En effet, même si on y retrouvait ce son si particulier, Beach House avait, je crois, besoin d’un peu de temps pour mûrir.
C’est donc avec l’album Teen Dream, sorti en 2010, que je suis tombé amoureux de l’univers de Beach House. Un album presque parfait. Mais je vous en parlerai peut-être une autre fois.
Voici une sélection de quatre titres marquants de l’album qui en compte dix.
Il y a les harmonies vocales de Victoria Legrand – nièce de Michel Legrand – son utilisation de l’orgue, la guitare cristalline d’Alex Cally, les mélodies entêtantes, les arrangements riches, les structures singulières, les paroles très souvent elliptiques qui apportent toute une poésie et cette mélancolie permanente qui colle si bien avec mes goûts musicaux.
Vous avez compris que Beach House s’est rapidement retrouvé au panthéon de mes musiciens révérés au même titre que Kate Bush et Cocteau Twins…
Ce groupe est aussi devenu, avec les Cocteau Twins, le groupe que j’ai le plus vu en concert. Je me souviens de chacun d’eux : Plus particulièrement, à la Maroquinerie en 2012, à Londres avec les immenses Grizzly Bear et à l’Olympia avec Philippe, lors de leur dernière tournée.

2 – Bloom, l’album parfait
Sorti deux ans après Teen Dream, Bloom a été un choc encore plus grand. C’est, pour moi, l’album parfait. Je l’ai écouté tellement de fois. Et pourtant, encore aujourd’hui, je le redécouvre à chaque nouvelle écoute, plus de douze ans après sa sortie. Il m’est impossible de classer les morceaux que je préfère. D’autre part, je ne peux l’écouter qu’en entier, dans l’ordre imaginé par le groupe. Chaque morceau dépend de l’autre, comme les chapitres d’un livre.
C’est la musique d’un film, qui n’existe pas, sur la vie qui passe de manière inéluctable, la nostalgie de l’enfance, des rendez-vous ratés, des chances non saisies, des amis disparus… mais aussi des souvenirs de jours heureux, de fous rires, de moments de partage.
Comme nous le disions avec Carlos, à propos des disques qui nous touchaient, “un album triste mais rempli d’espoir”.
Sur scène, tous ces morceaux prennent une dimension nouvelle, révélant toute leur richesse et complexité.
J’ai mis le lien Spotify en fin de l’article si vous souhaitez le découvrir et le lien Bandcamp est ICI
3 – Myth, un moment furtif mais tellement magique
Lorsque j’écoute un disque pour la première fois, je ne m’attache pas aux paroles. Je me laisse porter par la musique, les harmonies vocales, l’ambiance, la mélodie.
Myth est le titre qui ouvre Bloom. Il en donne immédiatement le ton : une immense mélancolie.
Le morceau est marqué par un thème poignant qui revient en boucle, joué par la guitare et les claviers, ainsi que la mélodie des voix qui semblent inconsolables. Dès le départ, j’ai ressenti la tristesse de cette chanson, qui s’accumule tout au long du morceau, comme un enfant qui retient ses larmes.
Et puis, vers 2:35, ce chagrin devient incontrôlable. Il explose vers 2:45 grâce à la basse et les claviers qui renforcent cette vague dévastatrice. Ce moment précis me bouleverse systématiquement. Il m’est même arrivé d’éclater en sanglots en concert, dans le noir, libéré de toute retenue car protégé du regard des autres.
Cela me renvoie à un souvenir encore très vif. C’était quelques mois après mon arrivée à Paris. Je vous ai raconté que “je me trouvais dans un état proche du désespoir”. Claire et moi avions décidé d’aller voir Une Femme sous Influence, de John Cassavetes, aux Halles. Ce film m’a profondément remué, j’ai beaucoup pleuré, tout en essayant de rester discret. A la fin, je suis levé sans un mot et j’ai quitté la salle. Je ne voulais surtout pas parler. Claire m’a suivi. Alors que nous étions sur les escalators, elle m’a simplement demandé : “Ça va ?” Et là, j’ai éclaté en sanglots et elle aussi. Nous nous sommes réfugiés sur les quais des Tuileries, et nous avons pleuré longtemps, serrés l’un contre l’autre, en silence.
Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment l’occasion de pleurer, mais j’adore ces moments vécus grâce à la musique. Pleurer est, parfois, aussi libérateur qu’un bon fou rire.
Je vous laisse donc vivre, je l’espère, ce moment magique triste mais rempli d’espoir 🙂

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